Le public d’I’m from Rennes n’a pas les dents molles

En dépit de ma méfiance pour le tuning, j’ai accepté de monter dans la DeLorean bizarrement équipée de mon ami Marty, parce que ce type a une bonne tête. Il m’a demandé une date, j’ai répondu au hasard 2016, un futur lointain où je serais vieux, mais je n’ai pas eu le temps de faire le calcul mental, le voyage a été rapide. Imaginez mon excitation quand j’ai claqué la porte, les yeux rivés sur l’écran de destination qui affichait la date du 20 septembre 2016…

Photo : Mip Pava
On nous disait, dans le futur nous prendrons en guise de repas des gélules ultra-nourrissantes (entraînant un ramollissement de la dentition devenue obsolète), les tanks soviétiques stationneront au pied de la Tour Eiffel et le rubik’s Cube® sera l’étalon pour mesurer l’intelligence avant de faire un don de sperme. Tout ne s’est pas réalisé comme prévu. Ce que je peux en dire, c’est que le futur adore la musique, au point d’organiser des concerts dans des lieux improbables. J’ai assisté à l’un d’eux, une étrange et envoûtante cérémonie, la nuit tombée, dans un appartement de Rennes. Aux commandes de consoles reliées à un ordinateur portable, un musicien sans instruments délivrait un concert directement dans l’oreille des spectateurs équipés d’un casque audio. Les témoins étaient reliés par un cordon à la même source, comme les excroissances de mutants fans d’électro. Et je vous jure que tout le monde avait l’air de trouver ça… normal. Ma surprise passée, je me suis laissé entraîner, j’ai pris un grand bain de musique collectif et j’y ai pris plaisir.

Je tenais à vous rassurer. A cette soirée mardi 20 septembre 2016, le futur était cool et personne ne m’a imposé le défi de réaliser les 6 faces du cube en moins de cinq minutes. En revanche, je vous dois la vérité, c’est triste à dire, mais bizarrement Sigue Sigue Sputnik n’est pas devenu le plus grand groupe de l’histoire du rock-and-roll.

Raoul Kalin