Saucisses contre guitares

Les « ouvriers de la saucisse »

Quand la moutarde monte au nez, les poings se lèvent, disait un cousin éloigné de B. Marley, cuisinier au Zimbali’s Mountain Cooking Studio. Mais entre les premiers murmures et l’incendie, il n’est pas trop tard pour agir. L’observateur voit onduler toute une gamme d’émotions à la surface de la soupe comme de timides mises en garde. Chroniqueur du festival, il est de mon devoir de pointer du doigt les signes avant-coureur de la colère.

I’m from Rennes a bâti sa réputation sur une programmation aux petits oignons, une ambiance chaleureuse et des bénévoles dévoués corps et âme. Tout est-il aussi rose que le cœur d’une saucisse avant la cuisson ? Je m’interroge. Cette question vient troubler ma quiétude.

Mercredi 22 mai, ces fameux bénévoles participaient à une petite soirée de mise en jambe, à la Maison Bleue, boulevard de Verdun, tout en écoutant l’électro-rock plutonique des encapuchonnés Strup. Dans le dos du public, deux silhouettes fantomatiques à peine visibles derrière un rideau de fumée. Non, ce n’était pas une mise en scène audacieuse. Une chorégraphie volcanique et bizarre. Mais deux ouvriers de la saucisse, le visage rougit par les braise, qui s’activaient pour délivrer un produit de qualité, grillés à la perfection (de juteuse à roasted pour satisfaire – sans juger – les goûts les plus éclectiques). Ils n’ont que faire de l’odeur incrustée dans leur jean qui anéantit leur sex appeal. Ces gens-là, modestes, s’abiment dans l’amour du travail bien fait. Leur fierté à eux n’est pas d’être adulés, photographiés, désirés… Non ! Leur honneur réside dans une saucisse livrée chaude et au bon moment.

Inutile de forcer le trait, vous avez compris où je veux en venir. Oui, très bien. Lors des prochains concerts d’IMFR, partagez donc un peu de votre admiration (ou faite mine). Donnez du love, du like, du kiss aux serveurs, cuisiniers, roadies et petites mains calleuses qui activent la pompe à bière. Plein.

Raoul Kalin